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Retour au pays natal

Le président du Casodom avait été sollicité pour participer à un séminaire consacré en partie à l’étude des problèmes liés au retour au pays des originaires des DOM qui, dans le passé, avaient dû migrer à la recherche de travail, et sont aujourd’hui à l’âge de la retraite.

Les antillais ont été nombreux à partir des années 50 à quitter leur territoire. C’est très exactement la raison pour laquelle le CASODOM a vu le jour en 1956. Ses archives sont là pour attester du trouble de nombre de ceux d’entre eux qui étaient partis à l’aventure. Ceux qui se sont très vite adaptés, on les a peu connus. L’association avait été créée pour les autres.

Aujourd’hui, l’association existe encore ; elle s’est, elle aussi, adaptée. Son souci c’est de laisser derrière nous autant que possible les problèmes d’adaptation, tout en se gardant de les négliger quand ils existent, et de s’armer pour partir à la conquête de situations sociales valorisantes nombreuses et diversifiées : elles sont, et nous le prouvons par ailleurs, à notre portée.

 

On trouvera ci-dessous le texte de sa conférence.

 

 

 

 

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Octobre 2011

 

 

 

Retour au pays natal des originaires des DOM

 

 

 

Le retour au pays natal évoque évidemment Césaire. C’était le travail d’un intellectuel qui, sensible à ses racines,  exhortait ses compatriotes à renouer avec leur culture ancestrale. C’était le travail du militant de la négritude.

 

L’angle sous lequel se situe ma réflexion est évidemment tout différent : c’est celui de l’observation, aussi dépouillée que possible, de nos compatriotes d’aujourd’hui qui, ayant pour diverses raisons quitté leur pays, se trouvent confrontés plus ou moins violemment au désir d’y revenir. Il s’agit là de commentaires sur de multiples situations concrètes vécues.

 

 Par vocation, le CASODOM, dont je suis le président, est en prise directe avec la question qui nous occupe.

 

Cela résulte du fait que du point de vue de l’ancienneté, c’est la championne toutes catégories des associations d’originaires des DOM en Métropole. Elle a en effet été créée en 1956, son président-fondateur ayant été le martiniquais Robert Attuly, alors conseiller à la Cour de Cassation. Elle a été patronnée par la totalité des parlementaires des quatre DOM toutes tendances confondues, et a été reconnue d’utilité publique par un décret de 1973.

 

Le CASODOM a largement préexisté au BUMIDOM . On confond parfois ces deux organismes pour des raisons tant de consonance que de contemporanéité, mais elles ont des finalités et des origines fort différents.

 

Contrairement au BUMIDOM, organisme d’Etat créé 6 à 7 ans plus tard, le CASODOM est le résultat d’une initiative privée qui a eu à connaître des heurs et malheurs de ceux qui partaient dans les années 50, souvent à l’aventure. Les rapports du CASODOM de cette époque sont riches d’enseignements sur les situations critiques de ces compatriotes, qu’il fallait assister et même parfois  rapatrier ou hospitaliser tant l’adaptation était difficile.

 

Ce sont précisément ces personnes, et celles venues par d’autres voies, qui ont vécu et vivent encore aujourd’hui le problème du retour au pays natal.

 

Nous sommes au CASODOM en contact permanent depuis toujours  avec les gens qui vivent en France Hexagonale et pour qui le lien avec leur pays natal est souvent un problème. C’est pourquoi par exemple nous avons, en fonction de nos moyens, organisé plusieurs voyages pour des personnes très âgées qui, n’ayant guère de chances de retrouver les pénates de leur enfance parce qu’elles n’avaient pas les moyens d’aller se ressourcer, rêvaient de revoir le ciel du pays. Nous organisions ces voyages avec l’aide des collectivités ou institutions qui le voulaient bien. Il s’agissait bien de retours au pays natal, mais pour des séjours temporaires, terriblement brefs. A chaque fois, ces voyages ont été particulièrement appréciés : l’émotion de ces personnes retrouvant leurs racines était assez saisissante, et finalement gratifiante pour nous qui avions pris l’initiative de ces retours aux sources.

 

Pour traiter le sujet que vous m’avez proposé, j’ai fait procéder ces derniers temps à une petite enquête, avec l’aide de l’assistante sociale et de la psychologue du CASODOM, pour savoir ce que pensent aujourd’hui de la question du retour au pays les personnes de plus de 50 ans qui nous fréquentent.

 

J’ai consulté les études qui ont été faites sur le sujet, dans le cadre notamment des travaux de l’INSEE.

 

J’ai aussi poursuivi l’analyse en me documentant sur ce qui se passe dans d’autres communautés confrontées au même problème, celles du monde caraïbe, ou la communauté portugaise par exemple.

 

°°°

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La migration de retraite est fatalement pour nous originaires des DOM un problème conséquent, dès lors que nous sommes terre de forte émigration de travail et que la migration de retraite est la conséquence directe de la migration de travail qui l’a précédée.

 

Nous sommes terre d’émigration comme toutes les terres du bassin caraïbe. Notons par exemple dès le début du 20ème siècle la présence de 5 500 martiniquais (20 000 barbadiens) partis travailler au Panama.

 

Entre 1950 et 1980, il y a eu 4 millions d’émigrants dans le monde caribéen : vers l’Europe, en particulier les anciennes colonies, vers l'Amérique du Nord. Le pourcentage d’émigrants dans ce bassin serait 5 fois plus élevé que la moyenne mondiale. Et si on se focalise sur les Antilles françaises, le pourcentage proportionnellement élevé provient de l’absence de freins dans nos possibilités de circulation.

 

Notons au passage qu’ on trouve les jamaïcains massivement en GB et aux USA alors que depuis bien longtemps les portes de ces pays ne leur ont été ni ne leur sont grand ouvertes.

 

Quant à Haïti, sur une population totale d’environ 10 millions d’ha, on estimait fin 1989 à plus d'un million le nombre d'haïtiens vivant à l'étranger, souvent partis dans des conditions hasardeuses, la majorité se trouvant aux Etats-Unis . Ce chiffre a sans doute explosé depuis lors (du fait en particulier des cataclysmes qui se sont succédé).

 

On observe le même phénomène de manière plus ou moins accusée à Porto Rico, à Saint Domingue, à Cuba, à La Barbade, à Sainte-Lucie…

 

Le cas de la Réunion présente des caractéristiques un peu différentes, en particulier en ce qui concerne les moments forts des mouvements migratoires, mais l’ampleur de la migration est comparable voire plus soutenue.

 

Seule la Guyane se distingue : elle est avant tout terre d’immigration.

 

S’agissant de la migration concernant les Antilles Françaises, il convient de distinguer plusieurs phases :

 

Avant 1945 : phénomène limité à quelques fonctionnaires, quelques responsables économiques, les militaires.

1945-1962 : En nombre croissant, fonctionnaires, étudiants, commencement de l’émigration rurale spontanée ;

1962-1975 : les mêmes, 85 000 travailleurs du BUMIDOM + migration spontanée

A partir de 1975 : fin des Trois Glorieuses et baisse de la migration.

Après mai 1981 : abandon officiel de la politique de migration vers la Métropole et recherche d’une meilleure insertion. Poursuite néanmoins d’une certaine émigration spontanée, non négligeable, et développement des allers et retours.

 

Quelques chiffres :

La population des domiens dans l’Hexagone :

- en 1990 :    310 000

-  en 2000 :   357.000

 

Difficile de connaître les vrais chiffres : D’après une étude d’un cabinet privé, il y aurait 757 000 originaires des DOM-TOM dans l’Hexagone. Déferlante d’évaluations invérifiables : 500 000, 600 000, un million.

D’après Claude Valentin Marie un quart des personnes nées aux Antilles vivrait dans l’Hexagone.

 

La migration à partir des Antilles est donc un fait majeur, ancien, qui se poursuit.

 

Conséquence de l’ancienneté de la migration : les retraités arrivent en nombre.

Nombre de retraités en augmentation ; 8 700 en 1990  - 14 000 en 1999. Bien davantage aujourd’hui.

 

Notre problématique est de savoir ce que deviennent ces retraités et quelle est leur situation face à la question du retour au pays natal. S’agit-il d’un désir réel et largement partagé, et comment est-il assouvi ?

 

L’étude très complète de l’INSEE des années 1990 répond à cette question, et les réponses ne varient guère dans le temps.

 

  1. Les projets de retour au pays à l’âge de la retraite est surtout le fait des actifs. L’intention de départ s’émousse avec le temps. C’est ainsi que dans l’enquête 60% des personnes âgées de plus de 62 ans déclarent ne pas vouloir partir, alors que chez les actifs plus jeunes, la proportion est beaucoup plus forte. Ce qui veut dire que plus longtemps on s’installe moins on a envie de bouger.

 

C’est pareil chez les provinciaux montés à Paris : d’après la même étude, seulement 22 % de ces provinciaux repartiraient chez eux après la retraite.

C'est logique : sans quoi on ne s’expliquerait pas la présence forte de certaines communautés :

Les bretons investissant le quartier Montparnasse ;

Les auvergnats s’appropriant les bistrots ;

Que dire de Créteil ou Sarcelles ? Croit-on que ces villes vont se vider totalement de leurs retraités antillais ?

Ou Marseille et Lyon de ses réunionnais ?

 

 

  1. Les personnes arrivées jeunes en Métropole sont moins tentées par le retour.

 

50 % de ceux qui arrivent après l’âge de 40 ans envisagent le retour au pays. La proportion tombe à 20% pour ceux qui arrivent avant l’âge de 18 ans, souvent avec leurs parents. Ils ont moins de souvenirs, ont eu moins de liens avec la famille élargie ; leur pays c’est plus la métropole que le DOM.

 

Quand ils arrivent enfants ou adolescents, pour les trois quarts, ils disent ne pas avoir l’intention de retourner.

 

 

 

  1. Des séjours plus fréquents dans son DOM favorisent le projet de retour. L’entretien des liens génère en effet puissamment l’envie de revenir. Ceux qui bénéficient des congés bonifiés ont à cet égard un réel avantage.

Et pourtant quand approche l’âge de la retraite, ceux qui sont dans le secteur privé expriment autant qu’eux le désir de revenir. C’est seulement ceux qui en auront les moyens financiers qui pourront réaliser ce désir. Il y a là une vraie inégalité.

 

Il n’y a pas d’égalité en effet chez nous dans la migration de travail. Il y a les personnels à statut pouvant prétendre aux congés bonifiés et les autres.

Le maintien de cet avantage est d’ailleurs régulièrement menacé pour les uns ; les solutions difficiles à trouver pour les autres. (Ces solutions passeraient, comme nous l’avions proposé, par l’utilisation du système associatif et l’ANT devenu LADOM, avec des dispositions spécifiques pour les personnes retraitées.

Nous avions été sollicités pour avis en 2001 : voir notre proposition. Nous savions qu’elle était utopique, et pourtant elle aurait été juste.

Mais c’est une autre question !

 

 

  1. Les enfants restés en Métropole freinent souvent l’intention de retour. Près du tiers des personnes interrogées envisagent en effet de rester en France pour s’occuper de la famille. Mais les ascendants restés au pays attirent aussi : pour ou contre le retour, les arbitrages sont parfois subtils.

Considérations financières. Véritables tiraillements parfois.

 

 

  1. Les couples de « domiens » sont plus enclins à envisager le retour que les personnes isolées ou les couples mixtes. Ils sont 66% à vouloir retourner. 23% quand le conjoint est métropolitain/

Cela se comprend aisément : il y en a un des deux qui n’a pas la même motivation au retour que l’autre.

 

Le même phénomène est vérifiable dans tous les cas de figure : une autre enquête (Cribier) le démontre pour les couples de provinciaux venus à Paris. Ils retournent plus volontiers à la retraite dans leurs provinces.

 

 

  1. La présence de parents proches dans le département d’origine renforce le désir d’y retourner. Cela se comprend aussi : si les enfants ou les ascendants directs sont au pays, on a assez fortement l’envie d’y retourner.

 

 

  1. L’importance du niveau des revenus : Les catégories moyennes ont une forte propension à vouloir retourner au pays, parce qu’elles ont les moyens de réaliser leur rêve. Ceci dit, les propriétaires de leur logement sont enclins à rester, tandis que les locataires sont moins attachés à la Métropole .

 

 

8 – En revanche, les ménages modestes ne peuvent pas partir alors même qu’ils en ont envie et c’est le point douloureux du constat. La possibilité de se loger au pays est le cœur du problème.

 

C’est là que notre enquête-maison nous apporte quelque chose de charnel. Ce qui m’a été rapporté en dit long sur l’émotion que suscite chez ces personnes la question du retour au pays.

 

  1. -  Quant à la profession appelée « valorisante » par les enquêteurs, elle est plutôt un encouragement à rester en Métropole. Dans ce cas c’est l’existence d’une double résidence et la possibilité de faire des allers et retours qui sont à la base du choix.

 

Le désir largement exprimé, c’est la double résidence, la possibilité de se sentir chez soi de chaque côté de l’Atlantique. Aller et venir.

Est-ce l’apanage des seuls « domiens » de Métrople ?

Non. A ce qu’on peut voir, le phénomène est assez répandu dans l’autre sens – DOM - Métropole - chez des personnes qui n’avaient pourtant pas quitté le sol natal pour leur travail.

 

Toutes ces constatations sont logiques et naturelles. Avec des nuances on l’observe dans l’attitude des provinciaux montés à Paris (voir analyse comparative dans l’enquête Bessy-Riche).

 

 

 

Enquête CNAV/ INSEE de 2003 .Le même désir de retour existe chez les immigrés espagnols, italiens et portugais, . Les proportions changent évidemment, ne serait-ce que parce que les allers-retours sont plus faciles du fait d’une plus grande proximité du pays d’origine, mais les comportements humains ont d’incontestables ressemblances.

 

On retrouve toujours la même nostalgie, mais la nôtre est plus forte du fait de l’effort d’adaptation qu’il a fallu faire, de l’éloignement et par conséquent de la difficulté financière de retrouver ses racines.

 

On observe dans cette enquête que les portugais sont deux fois plus enclins à retourner chez eux que les italiens ou les portugais : question culturelle, attachement au pays, plus grande inclination à la nostalgie que les autres ?

Les portugais se rencontrent beaucoup entre eux, un peu comme nous.

(Le rapport des portugais par rapport au mouvement migratoire est d’ailleurs sûrement unique. Ils ont bougé dans tous les sens (ils étaient conquistadors et allaient à la recherche de pierres précieuses tandis qu'ils faisaient venir des esclaves sur leur sol pour réaliser des travaux pour lesquels on manquait de bras : c’est ainsi qu’au 16e siécle 10% de la population de Lisbonne étaient des esclaves venus d'Afrique …).

 

 

Quant à l’enquête-maison que nous avons menée, bien qu'elle ait été réalisée sur un mode élémentaire puisqu'elle a été établie à partir d’un échantillon de quelques dizaines de personnes, elle corrobore tout ce qu'on sait par les études que je viens d’évoquer, avec en plus la connaissance directe des émotions qui s'attachent à l'évocation de ce problème.

 

- Quelques personnes qui n'ont pas la possibilité de repartir vivent cette situation avec douleur : leur situation nous interpelle vraiment.

 

- A l'opposé vous en avez d'autres qui n'envisagent pas de retourner au pays.

Une phrase par exemple résume bien des situations : « Mes parents, eux repartiront à la retraite car ils sont arrivés adultes et ont une maison là-bas. Moi je n’ai pas la même motivation ».

 

- La présence d'enfants en France est une puissante raison d'y rester.

Il en est beaucoup pour qui les allers et retours seraient la solution idéale.

 

- Dans certains cas, le désir de retour est affirmé de manière radicale ; il ne souffre alors aucun accommodement.

 

- Mais le plus souvent on ménage la chèvre et le chou. On souhaite partir mais pas tout à fait : pour des vacances ou pour un partage du temps quand on a la chance d'avoir une double résidence. Bien entendu, la possession d'un bien immobilier au pays facilite grandement cette option.

 

La constante, c’est que quelles que soient les intentions quant au retour, l'attachement à la terre natale est fort. C'est là aussi que s'expriment les émotions.

 

Nous connaissons bien le problème puisqu'une forte proportion  des demandes d’aides de nos usagers concerne le retour au pays , mais il s’agit souvent de phénomène d’allers et retours sans rapport avec la migration de retraite.

 

Notre parade à la nostalgie, notre compensation à la difficulté du retour, c’est la floraison d’associations rassemblant les originaires des DOM qui existent en France. Une enquête de l’ANT de l’année 2 000 en a dénombré 294.   Manière de partir sans bouger, en recréant l’atmosphère du pays natal. Ne raillons d’ailleurs pas les soirées « accra-boudin » : elles ont leur utilité sociale.

 

Ce qu’on dit moins souvent, c’est que le frein au retour, il faut aussi le chercher dans le DOM lui-même :

C’est que bien des personnes qui sont revenues de leur résidence de travail pour aller passer leur retraite au pays natal, sont tellement déçues par l’accueil qui leur est fait qu’elles reviennent au point de départ.

En ayant quitté le sol natal  elles ont par nécessité pris de nouvelles habitudes, dans un environnement auquel elles se sont adaptées, dans une société dure mais dont elles ont intégré l’organisation ….. Elles ont dû faire de gros efforts d’adaptation ; elles se sont modelées à leur nouveau style de vie ; et voilà ! elles sont devenus différentes, et de ce fait elles ont le sentiment d’être regardées autrement, de ne pas être bien acceptées. En conséquence, elles ont parfois du mal à se réadapter une nouvelle fois.

Et pourtant la charge d'affection que ces personnes portent à leur pays est égale à celle que nourrissent ceux qui sont restés ; elle est même plus forte du fait de l'effet de manque généré par un long éloignement.

Le résultat de tout cela, c’est quelques fois de l’amertume. Et même des retours en France.

Cette amertume-là, il faudrait l’analyser pour mieux la traiter. Et il faut remercier l'AMDOR d'avoir ouvert le débat sur cette délicate question.

 

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Comme je l'ai dit, si la question du retour au pays natal se pose avec acuité aujourd'hui c’est parce que auparavant il y a eu migration massive de travail. Celle-ci est née de l'explosion démographique largement annoncée et entièrement subie dans l'immédiat après-guerre : il suffit de lire les études et rapports de l'époque, notamment ceux de la rue de Martignac, siège du Commissariat Général au Plan.

Cette explosion s'est d'ailleurs vérifiée dans tout le bassin caribéen.

Il est extrêmement positif de tenter, comme nous le faisons ici, de bien comprendre le phénomène pour tenter d'en gérer les effets.

Les questions touchant notre démographie dans leurs conséquences n'entrent pas volontiers dans nos préoccupations premières. Pourtant nous disposons d'excellentes études de nature à favoriser les orientations appropriées.

Notons que la donne a changé aujourd’hui puisque le taux de croissance démographique a atteint aux Antilles françaises un niveau relativement bas, proche de celui de la France Hexagonale.

 Il serait en tout cas souhaitable que les réflexions de ce congrès débouchent sur des prolongements concrets.

 

Pour le présent, elles devraient partir du constat qu'il y a une vrai mal-être de la part de ceux qui voudraient revenir et qui ne le peuvent pas.

 

« L’âme résiste plus aisément aux vives douleurs qu’à la tristesse prolongée » rappelait Rousseau dans La Nouvelle Héloïse.

 

Ceux-là sont sans doute moins nombreux qu’on le croit.

Rendre possibles leurs retours n'est pas seulement un geste de solidarité fondée sur l'affection ; cela peut présenter des avantages sur le plan économique si les retours ne se traduisent pas par un surcroît de dépenses indues pour les budgets sociaux des collectivités. Des accords entre collectivités pourraient permettre de localiser dans le DOM d'origine des prises en charge normalement assurées par la collectivité métropolitaine de résidence. Un travail d'exploration pourrait être mené en liaison avec des associations résidant dans l’Hexagone formatées pour cette mission. Il semblerait qu’une des administrations départementales serait ouverte à ce type d'étude. La double conséquence serait que les migrants de travail intéressés pourraient revenir chez eux, et que l'économie de leur collectivité d’origine bénéficierait de l’arrivée de nouveaux consommateurs.

 

D’un autre côté, il y aurait peut-être intérêt à en profiter pour favoriser l'utilisation des compétences techniques des migrants, comme l'ont fait systématiquement les portugais dans les années 80 avec leurs « emigrantes ». La recherche d’un tel objectif commencerait par la promotion d’un climat de meilleure compréhension entre ceux d’ici et ceux de là-bas.

Là aussi l'économie pourrait y trouver à bon compte son intérêt ; il y a sans doute là matière à réflexion. En cherchant à utiliser les anciens pour leur expérience, on leur donnerait par là même des objectif valorisants.

 

Pourquoi l’AMDOR ne serait-elle pas le catalyseur de ces réflexions ?

 

Comme la migration de travail, la migration de retraite est un problème humain considérable . Faire face à ses conséquences serait donner tout son sens à l'idée que la possibilité du retour au pays natal ne doit pas être conçue comme un mythe, mais approcher le plus possible la réalité pour ceux qui le souhaitent.

 

 

                                                                          Georges Dorion

                                                                         Président du CASODOM